Sur la criminalité aux Etats-Unis
(l’emprisonnement) vise une sorte de population superflue, qui ne compte pas
scolairement car on ne peut rien en faire… on a rempli les prisons surtout de
cas de trafics de stupéfiants en général très ordinaires. Mais je n’ai vu aucun
banquier, bien que probablement plus de la moitié de l’argent du trafic des
narcotiques (l’argent sale) passe par les banques des Etats-Unis (plus de 250
millions de dollars par an, estimation 1994).
Je pense que ce n’est pas à cause du problème du crime. C’est à cause du
problème du contrôle social. C’est un effort très soutenu pour transformer les
Etats-Unis en quelque chose ayant la structure de base d’une société du
tiers-monde, avec des secteurs extrêmement riches et de nombreuses personnes
sans couverture sociale, sans subsides ou travail et une série de gens de trop.
Et il faut en faire quelque chose. Avant tout il faut s’assurer qu’ils ne
voient pas que quelque chose va mal et qu’ils s’en inquiètent. La meilleure
façon d’agir, habituellement, est de faire en sorte qu’ils se
haïssent et se craignent les uns les autres. Toute société coercitive trouve
immédiatement cette idée. Le crime est parfait pour cela. Les
gens sont ainsi énervés par les crimes, et non pas parce que leurs salaires
baissent et que c’est quelqu’un d’autre qui se remplit les poches.
Sur la dette du Brésil
Le Brésil est peut-être le plus grand débiteur du monde, d’après
les chiffres officiels. Mais est-ce vrai ? Si j’emprunte de
l’argent et que je l’envoie à une banque suisse, et si ensuite je ne peux pas
payer mes créanciers, est-ce que ça concerne les autres ? Les habitants
des favelas n’ont pas emprunté de l’argent, les sans-terre non plus. L’argent a
été emprunté par les généraux, leurs amis et les super-riches, qui en ont placé
la plus grande partie à l’étranger dès que les taux d’intérêt ont monté, en
laissant une dette écrasante qui est payée par les pauvres.
Noam Chomsky (né en 1928) "Perspectives politiques"